RÈGLES DE L'ICONÔGRAPHE.

(Une prière en couleurs)

Avant de commencer ton travail, fais ton signe de croix, prie en silence et pardonne à tes ennemis.

  • Signe-toi à plusieurs reprises durant le travail afin de te fortifier physiquement et spirituellement, évite les paroles inutiles et garde le silence.
  • Prie spécialement le Saint dont tu peins le visage, garde-toi de la distraction (tu verras combien cela est difficile) et le Saint sera près de toi.
  • Accomplis soigneusement chaque détail de ton icône, comme si tu travaillais devant le Seigneur lui-même.
  • Lorsque tu choisis une couleur, étends tes mains intérieures vers le Seigneur et demande-lui conseil.
  • Ne sois pas jaloux du travail de ton voisin, son succès est le tien.
  • Ton icône terminée, rends grâce au Seigneur de ce que sa miséricorde t'ait accordé la possibilité de peindre les Images Saintes.
  • Fais bénir ton Icône en la déposant sur l'autel lors d'une liturgie. Sois le premier à prier devant elle avant de la donner .
  • N'oublie jamais : La joie de répandre les Icônes dans le monde, la joie du travail le l'iconôgraphe, la joie de donner au Saint de rayonner à travers son Icône, la joie d'être en union avec le Saint dont tu as peins le visage.
  • N'oublie pas non plus : Que tu sers la Gloire du Seigneur par ton Icône.Que tu répands la Gloire du Saint dont tu peins le visage. Que tu communies à la Gloire du Seigneur par ton Icône. Que tu chantes la Gloire du Seigneur par ton Icône.

Il convient de lire ou de relire le chapitre 2 de la lettre aux Philippiens de 1 à 3:

2.1 - Aussi je vous en conjure par tout ce qu'il peut y avoir d'appel pressant dans le Christ, de persuasion dans l'Amour, de communion dans l'Esprit, de tendresse compatissante,

2.2 - mettez le comble à ma joie par l'accord de vos sentiments : ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ;

2.3 - n'accordez rien à l'esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l'humilité estime les autres supérieurs à soi ;

Retour au Sommaire.

ENCYCLIQUE

De S.S. Le Patriarche Dimitrios Ier.

Pour le XXe Centenaire du VIIe Concile Œcuménique

 

1. Que le nom du Dieu très haut soit glorifié et béni, celui qui pour nous, les hommes, et pour notre salut dispose de tout en faveur de l'homme selon son dessein éternel, de sorte que le peuple fidèle en tire profit pour son âme à travers des événements de haute importance historique et notamment par tout ce qui se réalise dans l'Esprit, et au sein de l'Église.

2. Les actes de l'Église sont vraiment inspirés de Dieu, gestes qui, le long des siècles, tracent les contours de la juste foi dans l'unique Seigneur ; cela de manières diverses mais surtout à la faveur des saints conciles œcuméniques assurant dans l'Esprit les points essentiels de la foi salvatrice en Christ et donnant preuve que 1'Église est l'arche sûre et inviolable de la vérité révélée et transmise par les Apôtres et les Pères.

3. Le septième concile œcuménique, réuni par la très pieuse impératrice Irène et le patriarche Taraise de sainte mémoire, en 787 à Nicée, qui rassembla 367 pères théophores venus de tout l'Orient et des représentants de l'Occident, a une place privilégiée dans la longue série des actes de l'Église une et indivise accomplis sous l'inspiration divine.

Il constitua une étape de première valeur pour la vie de l'Église et des fidèles car il eut pour but ultime que"la tradition inspirée de Dieu de l'Église catholique reçoive son autorité d'une décision commune" (Définition du IIe saint et grand concile œcuménique de Nicée", Mansi XIII, 376).

4. Célébrant la mémoire du XIIéme centenaire de ce concile, enfants très chers dans le Seigneur, notre mère, l'Église désire souligner cette particulière importance et en relever tous les points qui en résultent tant pour ce qui est de l'affermissement de la foi de nos ancêtres dans les icônes que de l'édification des enfants de l'Église dispersée sur toute la terre.

5. Vous connaissez, enfants et frères, les conditions sous lesquelles fut convoqué à Nicée ce concile œcuménique et les faits particulièrement tragiques qui l'ont précédé et qui ont abouti au mouvement impie de l'iconomachie. Lutter contre les icônes était devenu l'essence de l'enseignement et des actions des rois ennemis de Dieu, de leurs mauvais conseillers, d'évêques et de prêtres, qui trébuchaient sur les fondements de leur foi, de hauts dignitaires de la cour, de chefs militaires et d'une partie du peuple.

Ce mouvement iconoclaste culmina dans une sévère persécution qui dura plus d'un demi-siècle et provoqua des malheurs sans nombre dans l'Église et la vie religieuse de ses enfants

6. Plusieurs hérésies du passé avaient repris vie dans l'iconomachie. Des tendances manichéennes, gnostique, docétique et des éléments nestoriens et monophysites, avec des enseignements hérétiques récents, telle l'hérésie paulicienne, surtout des éléments hostiles au christianisme (judaïsme et islam) qui prenaient position contre les représentations de Dieu, rappelant ainsi une tradition de l'Orient non chrétien, tout cela avait constitué le mouvement iconoclaste et fourni les bases idéologiques pour l'horrible guerre déclarée aux icônes et à leurs vénérateurs.

7. Bien entendu, des exagérations dans l'expression du culte offert aux icônes n'avaient pas manqué, de temps en temps, dans l'Église. Les sources de l'époque les décrivent et les invoquent comme causes de l'iconomachie. Ces excès étaient naturellement considérés comme des occasions pour donner, de l'intérieur, le coup d'envoi de la folie iconoclaste.

Néanmoins nous devons reconnaître que l'iconomachie fut un mouvement découlant de causes beaucoup plus profondes, historiques, sociales et hostiles a l'Église.

8. En tout état de cause, examiné du point de vue ecclésial et théologique, l'iconoclasme, inconsciemment docétique, en fait imprégné des éléments signalés plus haut où des idées hérétiques se mélangeaient aux influences non-chrétiennes opposées à la représentation de la divinité s'était fixé comme but dans l'enseignement et l'action la destruction de la réalité de la divine incarnation et la négation de la nature divino-humaine du Seigneur, de la maternité de la Mère de Dieu, de l'honneur offert aux saints, de la possibilité d'une sanctification de la vie et de la matière, du passage des choses terrestres aux réalités célestes et divines au moyen de la prière, de la contemplation, de la participation à la Divinité et, en un mot, de tout ce qui était sacré dans l'Église et dans la vie, ainsi que de ce qui était au centre de sa spiritualité dans l'Orient orthodoxe.

"L'Iconomachie a déclaré la guerre non pas aux icônes mais aux saints" affirmait lapidairement saint Jean Damascène (Défense des Icônes, Discours I, 19, PG 94, 1249).

9. Mais sans doute, au-delà de toute autre conception, l'iconomachie a surtout lutté avec une fureur ennemie du Christ pour détruire la sainte tradition des icônes du Seigneur et, avec elle, la christologie orthodoxe en essayant surtout, et à tout prix, de faire prévaloir sa propre christologie particulière, étrangère et hostile à celle des conciles œcuméniques, et notamment du IVe concile réuni à Chalcédoine.

D'après la conception christologique des iconomaques, la représentation du Christ sur une icône est inacceptable et impie, et également, tout à fait irréalisable, car les deux natures du Christ, unies dans l'unique personne, excluent, selon eux, toute représentation, aussi bien de sa nature divine (car l'être divin est inconcevable et indescriptible) que de sa nature humaine, du fait que l'image qui est produite de cette manière ne diffère en rien de n'importe quelle autre représentation humaine (ce qui, dans le cas du Seigneur, Fils et Verbe de Dieu, est contraire à son mode d'être). Si, d'un autre côté, sur l'icône, on essaie de représenter la nature humaine dans la mesure où elle est unie à la nature divine, cela conduit, d'après eux, à une autre exagération, celle qui consiste en la confusion du concept "d'union" des deux natures.

10.De ces principes dominant la pensée et le système théologique des iconomaques, ceux-ci déduisaient de manière claire et nette l'impossibilité d'une quelconque représentation du Seigneur et, suite à cela, de toute représentation en icônes des autres saints personnages.

C'est ainsi que, en ce qui concerne la Mère de Dieu et les saints, la doctrine iconomaque enseignait que leurs reproductions picturales se référaient nécessairement à leur seule existence terrestre et non à leur gloire céleste, ce qui faisait des icônes de simples représentations matérielles de personnes, dépourvues de gloire et d'éclat, sans trace de lumière divine; et que les icônes étaient inutiles et étrangères à la bonne tradition, leur vénération ne différant en rien (selon eux) de l'idolâtrie la plus grossière.

Le VIIe concile œcuménique dit à ce sujet: "(les iconomaques) ont osé. médire de l'ornement digne de Dieu, des saints du culte... ne distinguant pas entre le saint et le profane et mettant l'icône du Seigneur et de ses saints dans la même catégorie que les simulacres des idoles sataniques (Définition..." etc, Mansi, XIII, 376).

11. À tout cela, la tradition orthodoxe oppose sa propre théologie de l'icône, qu'elle fonda sur la correcte conception du dogme christologique en conformité, surtout, avec la définition dogmatique du IVe concile œcuménique de Chalcédoine pour les représentations du Seigneur et des divers moments de sa vie où Il apparaît dans sa gloire théophanique ; en conformité aussi avec la correcte interprétation de l'enseignement de l'Église relatif à la matière et à l'esprit, l'essence et les énergies, l'incréé et le créé, le Céleste et le terrestre, l'éternel et le Fini, le modèle et sa représentation ; en conformité, enfin, avec la possibilité de la rencontre avec le divin et du passage dans celui-ci à travers l'original représenté, notamment dans le cas des icônes des saints et des anges de Dieu.

12. En effet, la tradition orientale conduit de manière définitive à la réalité de l'icône. Cette tradition enseigne la valeur théologique de l'expression esthétique de l'incarnation divine plaçant ainsi l'image au service de l'économie de Dieu. Elle confère à l'icône une fonction spéciale dans le contexte de tout ce qui est transcendant dans les rapports entre Dieu et l'homme. Et, elle reconnaît l'utilité spirituelle de l'icône dans la vie chrétienne comme "Bible des illettrés" selon Jean Damascène qui affirme ; "Ce que la Bible est aux gens instruits, l'Icône l'est pour les analphabètes ; et ce que la parole est a l'ouie, l'Icône l'est à la vue ; nous sommes reliés à l'icône par l'intelligence". (Jean Damascène, op. cit-, 1, 17, PG 94, 1248).

13. La tradition orthodoxe va encore plus loin : elle déclare qu'à travers l'icône c'est la manifestation de la présence, de l'hypostase divine, qui est dévoilée, et sont mis de côté ou dans l'ombre tous les détails extérieurs tombant sous les sens. De tous ces détails, l'image ne conserve que ce qui est strictement nécessaire pour reconnaître l'historicité d'un fait ou la dimension spirituelle de la personne d'un saint. Et cela dans des données totalement purifiées et dématérialisées, appartenant à la sphère céleste plutôt qu'à l'ambiance naturelle.

14.La personne représentée dans l'icône est un être appartenant à la nature mais désormais non plus soumis à elle. Ce n'est pas un symbole, comme on peut le déduire du contenu très net du 82e canon du concile œcuménique "in Trullo" qui stipule : "Nous décrétons donc, qu'il faut représenter les traits humains du Christ notre Dieu, l'Agneau qui ôte le péché du monde. Comme la forme parfaite de tous les êtres peints en couleurs, il faut désormais peindre I'Icône du Christ au lieu de la représenter sous les traits d'un agneau ainsi que cela se faisait autrefois. Par ce procédé, nous comprendrons la sublime humiliation du Dieu Verbe et serons conduits à nous remémorer son ministère en tant que personne humaine, sa passion et sa mort, et la rédemption du monde qui en a découlée"

(G.Ralis et M. Plotis, Col1ection des saints canons, vol. 2, Athènes 1852, page 493).

Voilà pourquoi l'icône représente la personne sacrée non dans ses proportions naturelles ou plus simplement dans une expression symbolique et non plus sous sa ressemblance humaine, mais dans sa dimension glorieuse et céleste. L'œil du peintre orthodoxe passe au travers des différentes voies de l'ascèse, pénètre le sublime "jeûne des yeux" et tend à coïncider totalement avec la contemplation de l'élément transcendant comme il est révélé à l'Église dans la dimension de l'esprit. Contrairement à la tradition occidentale où l'on observe une différenciation et une distance entre la matière et l'esprit, dans l'Orient orthodoxe la réalité de l'icône a réussi et réussit encore à harmoniser ces deux éléments, esprit et matière, dans l'intelligence, dimension qui est celle de la dialectique particulière de notre spiritualité, et qui trouve son expression artistique parfaite et inspirée dans l'icône.

15. Pour toutes ces raisons, l'image dans notre tradition devient la forme la plus puissante que prennent les dogmes et la prédication, évoluant et créant des œuvres selon les règles sublimes de la contemplation religieuse. Ces contemplations peuvent être parfaitement compréhensibles dans les représentations de Jésus, homme et Seigneur

Très justement on a remarqué que le Verbe de Dieu en qui "habite de manière corporelle toute la plénitude de la divinité" (Col. 2,9), le Verbe promis, révélé, qui a parlé, a été touché, entendu, est contenu intégralement dans les saintes Écritures. Le même Verbe, prenant la forme architecturale dans l'art de bâtir, culmine dans le saint bâtiment du temple (l'église).

Chanté et présenté sur la scène de la synaxe eucharistique, le Verbe constitue la sainte liturgie. Ce Verbe s'offre mystiquement à la contemplation et à la théologie de la vue sous la forme de l'icône une et unifiée du Christ dont l'Église a conservé intacte la mémoire, et qui, pour Denys l'Aréopagite, est l'icône apophatique du Seigneur, la forme des formes, la forme de l'inaccessible.

16. L'apôtre Paul formule remarquablement bien le fondement christologique de l'icône : "Le Christ est l'image visible (eikôn) du Dieu invisible" (Col 1,15). En d'autres mots, l'humanité visible du Seigneur est l'image de sa divinité invisible ou - pour utiliser une formule plus brève - "le côté visible de l'élément invisible dans la divinité".

D'après ce que nous venons de dire, l'image (eikôn) du Seigneur apparaît comme l'image de Dieu et de l'homme, c'est-à-dire comme la représentation du Dieu-Homme. Le raisonnement sous-jacent à cela est que le Fils étant par sa divinité l'image consubstantielle à l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, devient (et demeure depuis son incarnation, et jusqu'aux choses dernières) l'image fidèle de Dieu. C'est pour cette raison qu'il affirme nettement. "Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jn.14,9). Cela signifie que les deux natures unies dans l'unique hypostase du Seigneur, nous offrent l'image unique du Dieu-Homme Jésus, une image qui exprime Dieu Lui-même, bien que Celui-ci soit tout à fait inconcevable et indescriptible.

17. Le Seigneur est l'image de toute image, l'archétype qui englobe la totalité de l'essence divine. Jean Damascène dit à ce sujet : "Les icônes sont les parties visibles de ce qui, en soi, est invisible et non représentable et qui n'est représenté corporellement qu'afin de permettre d'être compris de manière à peine perceptible... Car les qualités invisibles de Dieu sont perçues de manière intelligible dans les œuvres qu'il a faites depuis la création du monde (Ro 1,20). En effet, nous voyons dans les choses créées des images (icônes) qui nous rappellent de manière à peine perceptible les apparitions divines (op. cit. 1,11, pg 94, 1241). Ainsi nous avons Dieu (qu'il est impossible de décrire et de représenter) par la seule image divino-humaine : Son Fils et Verbe.

Ce "schéma théologique contradictoire", pour ainsi dire, est justifié par Grégoire Palamas de la manière suivante : "Dieu étant inconnu et inconcevable, totalement transcendant selon son essence, devient en même temps un être participable sur le plan empirique, puisqu'Il est comme Celui qui est et sera, Celui qui est présent dans toutes ses énergies, celles que la divine incarnation, le Fils incarné, rend participables éternellement pour l'homme qui verra le Seigneur dans sa Seconde Venue". L'homme contemplera alors ce "visage", cette "face" de la divine auto-révélation. Transfiguré dans la gloire du Seigneur, tout homme justifié verra Dieu face à face. "Car maintenant nous ne voyons (Dieu) que comme si nous Le devinions à travers un miroir ; à ce moment-là, par contre, nous Le verrons face à face. Pour le moment, je ne Le connais qu'en partie ; ce jour-là, au contraire, je le connaîtrai de la même manière que j'ai été connu moi-même". Et ce visage, cette "face" sera la même que celle du Verbe incarné "qui est l'image-Icône du Dieu invisible, le premier-né de toute la création" (Col 1,15 ; 2 Co 4,4)

18. Par conséquent, C'est l'hypostase divine et humaine du Seigneur qui rend visible dans l'image le coté invisible de Dieu : "C'est seulement lorsque tu verras (dit Jean Damascène) l'incorporel devenu homme pour toi, que lu pourras réussir à représenter la réplique de fa forme humaine. C'est seulement lorsque l'invisible deviendra visib1e dans la chair que tu pourras prendre la ressemblance de ce que tu as vu. C'est seulement lorsque l'Incorporel et l'Informe, l'Inquantifiable et Incommensurable, Celui qui est au-delà de toute grandeur par la supériorité de sa nature... que tu devras tracer et offrir, dépeint sur des surfaces lisses afin qu'on puisse le contempler, Celui qui a daigné se rendre visible" (op. cit., 1, 10 PG 94, 1240)

19. L'icône du Christ témoigne d'une présence, Sa présence même, laquelle permet d'arriver à une communion de participation, à une communion de prière et de résurrection, à une communion spirituelle, à une rencontre mystique avec le Seigneur peint en image. Certes, l'icône du Christ n'est pas le Christ lui-même, comme, dans l'eucharistie, le pain est le corps et le vin le sang du Seigneur. Dans l'icône nous avons la présence de son hypostase qui ne change ni ne modifie aucunement la matière ou les couleurs ou le pinceau ou les dessins extérieurs et les formes auxquelles les dessins correspondent. Cependant, cette icône reproduit de manière hypostatique la ressemblance et l'identité du Christ représenté en elle, ce qui est la caractéristique principale de toute image de Lui. Tout le mystère de l'icône est contenu dans cette ressemblance dynamique et mystérieuse qui renvoie à l'original c'est-à-dire à l'être divin et humain du Seigneur.

20. "L'icône, affirme encore Jean Damascène, est une représentation qui rend fidèlement l'original tout en ayant une différence par rapport à lui, car l'Icône n'est pas tout à fait semblable à son Archétype. Car l'icône vivante, naturelle et tout à fait fidèle du Dieu Invisible est uniquement le Fils, qui porte en lui le Père tout entier, ayant une parfaite identité avec lui" (op. cit., 1, 9, P.G. 94, 1240).

Ainsi toute icône du Christ représente et enferme l'hypostase du Seigneur, et cette hypostase est justement l'élément qui, à travers elle, rayonne vers l'extérieur. Et grâce au rayonnement et à l'attrait, il devient un moyen rapportant au modèle, témoignant et annonçant la présence du prototype.

21. Le VIIe concile œcuménique s'exprime clairement sur ce sujet : "L''une des deux natures est indescriptible et l'autre est décrite et contemplée dans la seule icône du Christ" (Mansi, XIII, 244 ; intervention du diacre Epiphane). Et cela pour qu'il soit proclamé à tous, par la décision de ce concile que : "En produisant l'icône du Seigneur, nous exaltons la chair déifiée et ne reconnaissons dans l'image rien d'autre qu'une icône présentant l'imitation du modèle. D'où il s'ensuit que Son nom est tiré au sort et est le seul à participer à son essence ; c'est pour cela que l'icône est vénérable et sainte" (Mansi XIII, 344 ; intervention du diacre Epiphane), ainsi que le dit l'hymnographe : "La forme de Celui qui s'est incarné est pour nous une gloire, forme vénérée avec piété mais non déifiée".

22. L'explication fournie sur ce point par Jean Damascène est semblable, car il affirme ceci : "Autrefois Dieu, étant Incorporel et sans forme, n'était nullement représentable. Maintenant Dieu s'est révélé dans la chair et est entré en contact avec les hommes, je représente donc par une icône ce que je vois de Dieu. Je ne vénère point la matière, je vénère le Créateur de la matière, celui qui s'est fait matière pour moi et qui a accepté. d'habiter la matière, et a fait mon salut par la matière ; je ne cesserai pas de respecter la matière par laquelle mon salut s'est accompli" (op. cit., I, 16, PG 94, 1245).

23. Cela étant, et selon l'interprétation que nous venons de donner à l'enseignement de l'Église concernant les icônes, nous comprenons mieux l'inspiration divine du contenu de la définition dogmatique à laquelle sont parvenus les Pères du VIIe concile œcuménique : "Nous décrétons en toute exactitude et conscience qu'on doit faire place, à côté de la reproduction de la précieuse Croix vivifiante, aux saintes et vénérables icônes faites de couleurs ou en mosaïque ou encore d'une autre matière et ornant les saintes églises de Dieu, les objets du culte et les vêtements sacrés, les murs et les planches en bois, les maisons et les rues ; aussi bien l'icône de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ que celles de notre Dame immaculée, la sainte Mère de Dieu, des anges vénérables et de tous les hommes saints. Car dans la mesure où ils sont continuellement représentés et contemplés en image, ceux qui les contemplent s'élèvent vers la mémoire et le désir de leurs prototypes. Quant au baiser qu'ils déposent sur l'icône, celui-ci prend le sens, selon notre foi, d'une vénération et non pas d'un culte au sens strict du terme, car le culte ne doit être adressé qu'a la nature divine. La vénération mentionnée est semblable à celle qu'on rend à la véritable et vivifiante Croix, aux saints Évangiles et aux autres objets sacrés. À tout cela on doit offrir l'encens et des cierges allumés, et ainsi les honorer selon la pieuse ancienne coutume. Car l'honneur rendu à l'icône passe à l'original, et celui qui vénère l'icône vénère en elle l'hypostase de ce qu'elle représente" (Mansi, XIII, 377).

24. Et maintenant mes chers enfants en le Seigneur, je vous parlerai des saintes icônes des élus de Dieu depuis la très sainte personne de la Mère du Seigneur jusqu'aux dizaines de milliers de saints de notre firmament religieux qui ont plu à Dieu.

L'interprétation théologique qui les concerne est pneumatocentrique au plus au point. Jean Damascène dit à leur sujet : "Les saints, déjà au cours de leur vie étaient remplis d'Esprit Saint, et après leur mort la grâce du Saint-Esprit pénètre de manière permanente leur âme, leur corps dans les tombes, leurs traits individuels et leurs saintes icônes. Cela, non pas selon leur essence mais par la grâce et l'énergie du Sainte Esprit." (op. cit., I, 19, PG 94, 1249).

25. Par ce que je viens de dire, la théologie des icônes des saints apparaît étroitement liée à leur hypostase remplie de grâce par le Saint-Esprit, car les saints possèdent au-delà de leur corps terrestre, un corps céleste baignant dans la lumière de Dieu et revêtu par eux, jugés dignes de cela par Dieu.

L'icône de la Mère de Dieu et des saints projette donc devant nous le véritable visage de leur hypostase glorifiée dans laquelle et par laquelle ils ont pu se rendre agréables à Dieu, et grâce à laquelle ils jouissent de la contemplation du Très Haut. En d'autres mots, les saints sont représentés, honorés et vénérés dans leurs icônes de la part des fidèles sous leur ressemblance céleste, et en cela on peut dire qu'il existe une profonde relation d'eux-mêmes à la théorie christologique plus générale des icônes.

26. En ce qui concerne les anges "ces esprits qui servent Dieu, envoyés pour apporter le salut" (He 1,14), le Nouveau Testament définit leur comportement. Il est écrit : "Les anges dans les cieux sont continuellement en présence de mon Père qui est aux cieux" (Mt 18,1O). Et ailleurs ; "Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme" (Je. 1,51).Dans l'Ancien Testament, Dieu commande à Moïse de faire construire deux représentations d'anges sur l'Arche de l'Alliance, afin que par eux Il puisse se révéler et parler à lsraël : "On façonnera deux chérubins en or martelé aux deux extrémités de l'autel et Je me manifesterai là et... Je te donnerai tous les ordres...". (Ex. 25,18-22).

27. La représentation des anges est une autre contemplation de Dieu de la part de l'homme, qui est ainsi passé de manière indirecte à la 1umière divine et communique à la grâce hypostatique de Dieu par les yeux de l'âme. Les anges peints sous une forme humaine sont des hypostases, accessibles à l'esprit, du monde immatériel existant en dehors de nous, et expriment par leur représentation, de sorte à le rendre plus participable, ce qui étant dans son hypostase incompréhensible et insaisissable devient compréhensible aux hommes exclusivement par les yeux de l'âme et par l'expérience spirituelle qui va au-delà des choses visibles ; et selon laquelle la bonté divine reflétée dans les anges peut être admirée et devenir ainsi une source d'élévation et de contemplation mystique pour l'homme qui se transfigure par cette contemplation.

28. Voilà, mes enfants bien-aimés dans le Seigneur, l'enseignement au sujet des icônes et de leur vénération selon la tradition de notre Église orthodoxe.

Que personne n'ait de doute sur le fait que l'icône, sous quelque forme qu'elle se présente, conserve sa particularité en tant que reproduction artistique de la présence hypostatique de ce qu'elle montre, et correspond à sa caractéristique indiscutable d'être un moyen par lequel l'honneur, la vénération et la prière qui s'adressent à elle passent à un modèle et à travers lui à Dieu Lui-Même. L'icône est une œuvre d'art forgée et parachevée après une préparation adéquate de l'âme et de l'esprit. C'est peur cela qu'elle nous révèle sa pleine fonction : elle présuppose en effet trois facteurs qui doivent coïncider afin qu'elle soit complète, vénérable et sainte. Premièrement, le peintre qui reproduit son saint objet ; le côté visible de l'Invisible, ce qui est proposé à la vénération, à la prière et, à travers elles, au passage à l'Original. En deuxième lieu, la création matérielle dans sa fonction spirituelle et particulière : l'icône en elle-même, qui contient l'hypostase des concepts transcendants de la gloire et de la lumière et qui sera porteur et annonciateur de ces éléments quand elle sera proposée à la vénération et à la prière des fidèles, selon le passage de l'Apocalypse où il est dit que "la ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer car la gloire de Dieu l'illumine et sa lampe est l'Agneau" (Ap. 21,23). En dernier lieu l'homme qui contemple l'icône, le fidèle qui se trouve face à elle, qui devient une ressemblance de ce qui est représenté par sa correcte "attitude~, et qui devant elle, est transfiguré selon les mots de saint Paul : "Et nous tous, reflétant à visage découvert la gloire du Seigneur, nous transfigurons selon cette même image et passons de gloire en gloire tout comme à travers Le Seigneur qui est l'Esprit" (2 Co. 3,18).

29. Nous ne devons pas non plus oublier que l'icône de Dieu est l'homme créé selon l'image et la ressemblance divine ; l'homme qui, en dépit d'avoir noirci cette image par sa chute et son péché, conserve la possibilité d'être transfiguré dans la lumière et la gloire de l'hypostase divine telles qu'elles se reflètent en premier lieu, et surtout, dans la présence hypostatique du Seigneur dans l'icône ; de toutes les saintes personnes, ensuite, qui ont au être agréable à Dieu. "Car ceux que Dieu a choisis d'avance Il a aussi décidé d'avance de les rendre semblables à son Fils, afin que Son Fils soit l'aîné d'un grand nombre de frères" (Ro 8,29) "De même que nous avons revêtu l'homme terrestre, de même nous revêtirons l'homme céleste" (1 Co 15,49) Cette image est 1a lumière de la présence hypostatique, et elle offre au fidèle qui la contemple et la vénère la possibilité de devenir, lui aussi, une ressemblance lumineuse du modèle selon la capacité de son âme. Comme l'écrit Grégoire de Nysse : "C'est pour cela que l'âme en s'approchant de la lumière devient, elle aussi, lumière" (Explication précise du Cantique des Cantiques, Homélie V, PG ; 44, 868/869). Elle assume ainsi une forme christique, forgeant en elle le Christ (Ga 4,19) "qui est l'image du Dieu Invisible" (Col. 1,15).

30. Dans cette perspective, nous devons comprendre toute la fonction de l'icône, qui a de manière définitive Sa première place dans l'Église orthodoxe dont elle est un élément organique inséparable. La présence des icônes dans l'Église, avec les prêtres qui célèbrent et les fidèles qui prient est la réalisation à tout moment du temps ou sera réalisé le mystère de la communion des saints, adorant le Dieu trinitaire ; de tous ceux qui se sont rendus agréables à Dieu et constituent l'Église priante d'aujour-d'hui et des siècles à venir. Et la vénération des icônes, dans le culte de l'Église, a une importance majeure puisqu elles rapprochent les fidèles qui les vénèrent de Dieu, des présences hypostatiques des personnes représentées et des actes sacramentels célébrés dans la crainte de Dieu. Certes l'icône est aussi objet de la piété et de la prière dans les maisons privées, et dans toute la vie personnelle des Chrétiens, qui peuvent à tout moment de recueillement lever les yeux de leur âme vers les saintes images qui sanctifient leur vie particulière ; cela dans leur chambre ou ailleurs. C'est compréhensible et permis.

31. Toutefois cela ne signifie point que la banalisation de la fonction sacrée des icônes est permise, et notamment leur adaptation en élément décoratif des lieux de la vie mondaine, des maisons ou des salles d'exposition, où elles sont étalées par les gens du monde qui les apprécient seulement comme œuvre d'art. Il n'est pas non plus permis de traiter les icônes comme un article commercial ou un objet à graver sur le papier ou d'autres matières de peu de valeur selon les méthodes actuelles de reproduction industrielle ; pour en tirer du profit. Encore moins augmenter de manière illicite leur circulation dans la société sécularisée d'aujourd'hui.

32. De par le fait que nous considérons ces coutumes comme sacrilèges et impies, comme un très grave affront et une insulte au caractère sacré de l'icône, cette immense conquête spirituelle de la sainte Église orthodoxe, et que nous réputons ces coutumes comme des abus inadmissibles, nous condamnons toute exploitation des saintes images par qui que ce soit. Par conséquent nous encourageons les pasteurs de l'Église, qui ont la charge de veiller sur la santé spirituelle et morale des fidèles, à prendre soin qu'en tout soit assuré le respect du caractère sacré de l'icône, pour que celle-ci soit protégée contre tout danger de corruption et de dégradation. Nous exhortons les membres fidèles du plérome de l'Église à demeurer inébranlables dans la foi, la tradition et l'enseignement qui furent décrétés par les Saints Pères du VIIe concile œcuménique de Nicée, lesquels décidèrent que les icônes sont les habitations sacrées de la présence hypostatique des personnes représentées, pour la sanctification de notre vie et notre participation à la vie divine.

33. Voilà donc, très chers enfants dans le Seigneur, ce que notre humble personne en union avec les très saints métropolites, nos frères et concélébrants qui nous entourent, ceux de ce Trône œcuménique, apostolique et patriarcal, avait à vous dire sur les icônes, leur théologie, leur fonction et leur usage dans notre sainte Église orthodoxe. Le saint VIIe concile œcuménique de Nicée, dont nous célébrons aujourd'hui le glorieux douzième centenaire, ce concile qui a restauré les icônes, qui a basé sur le plan théologique l'enseignement de l'Église s'y rapportant, et qui a établi leur fonction et leur usage sanctifiants, a vraiment marqué de son sceau les siècles passés et marque encore de nos jours notre vie culturelle et spirituelle.

34. En attirant votre attention sur son œuvre de la plus grande importance, nous considérons ce concile non seulement comme un complément de la sainte lignée des conciles œcuméniques, puisqu'il est celui qui couronne les six précédents, mais aussi comme une étape décisive de notre Église Orthodoxe, qui a depuis toujours fondé et proclamé ses dogmes dans des conciles œcuméniques. Nous sommes surs que le divin fondateur de l'Église, le Christ, permettra de proclamer également comme œcuménique le grand concile qui eut lieu vers la moitié du neuvième siècle, et permettra de convoquer le plus rapidement possible le saint et grand concile que nous préparons avec tous les soins, pour édifier l'unité de notre sainte orthodoxie, et consolider et épanouir le corps de l'Église en Christ.

Qu'honneur, vénération et puissance soient rendus à notre Sauveur très bon, Jésus-christ, se reposant au-dessus de ses saints, ainsi qu'à son Père sans commencement et à son très saint et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles. Amen.

 

Donné dans les bureaux patriarcaux du Phanar le 14 septembre, fête de l'Exaltation de la sainte Croix, 1987

Lire un texte de Ludmilla Garigou : http://www.pagesorthodoxes.net/eikona/icones-tableau.htm

 

Retour au sommaire.

 Retour à Initiation à l'Iconographie.