De la Dormition à l'Assomption.

Dans l'iconographie, nous sommes beaucoup plus familiarisés avec l'Icône de la Dormition qu'avec celle de l'Assomption. L'Assomption étant la montée vers le Ciel du corps de la Toute Sainte, la glorification de la Mère de Jésus.

En effet dans la représentation des douze fêtes Orthodoxes, la Dormition y figure et elle est très fréquente dans toutes les églises, en Icônes ou en fresques.

Pourtant si nous nous reportons aux premiers siècles de l'iconographie, nous pouvons découvrir que cette représentation du corps glorieux de la Mère de Jésus y figurait.

La mort de la Toute Sainte n'est pas relatée dans les Évangiles retenus comme canoniques par les églises Chrétiennes. Seuls les Évangiles dits Apocryphes, donc non canoniques, relatent les derniers instants de la Toute Sainte. Le thème de la Dormition repose sur la Tradition et les Évangiles Apocryphes, particulièrement celui de Jean le Théologien .

Cet instant, cette glorification, est cependant très ancré dans la Tradition. C'est en effet l'empereur byzantin Maurice (582-603) qui a imposé la date du 15 août comme jour de fête de la Dormition., le sommeil de la Vierge Marie.

Il est bon de noter que pour le monde occidental, Grégoire de Tours a donné, vers 594, une première formulation théologique de l'Assomption.

La deuxième homélie sur la Dormition de Saint Jean de Damas (vers 700) a certainement influencé les iconographes de l'époque qui n'ont pas dédaigné les écrits apocryphes et la Tradition.

Pour le petit parcours que je fais ci-après, je me suis surtout aidé de l'étude du R.P. Jurgie, assomptionniste, et d'un mémoire présenté à la Sorbonne par J.H. Moitry..

Dans le schéma de l'icône de la Dormition, il peut être distingué :

a)-Une Dormition dite réduite aux principaux personnages ayant assisté à la mort de Marie. Ce sont les icônes portatives qui nous sont les plus familières.

b)- Une Dormition développée qui profitant de surfaces disponibles plus importantes ajoute au sujet principal d'autres figurations (milices célestes, pleureuses, mélodes, etc...). Ce sont de grands tableaux ou des fresques..

Dans les différentes œuvres que j'ai pu examiner, j'ai essayé d'établir la continuité,la charnière, qui pouvait exister entre "l'âme" de la Vierge que reçoit Jésus et l'élévation en gloire de son corps (Assomption).

Je constate que certaines icônes, en sus du geste classique de Jésus tenant l'âme de la Toute Sainte, représentent son corps qui est élevé vers le Ciel, ce qui peut être interprété comme une glorification.

Ce type d'icône n'est pas limité à une seule région, mais se retrouve un peu partout. Je signale à titre d'exemples quelques-unes de celle-ci.

I- Une icône melkite (67/52 cm) de la seconde moitié du XVIIème siècle, attribuée à Gigis Hanania.

Dans le haut,nous y distinguons le corps de la Vierge emporté par des anges, vers le Ciel..Une particularitéà souligner. Elle remet de sa main droite à l'apôtre Thomas, dont on n 'aperçoit que la tête, sa ceinture. Ce geste peut souligner une corporéité.

De part et d'autre, sont représentés onze apôtres sur de petits nuages.

Au bas du lit de la Vierge, on distingue Jephonias dont les deux mains ont été tranchées par l'Ange

 

Détail de la partie supérieure de l'icône melkite de Gigis Hanania.

la Vierge Marie emportée par les Anges.

 

2 - À Moscou sont présentées, parmi d'autres, deux icônes de ce type.

Icône duXVIème siècle de l'Office Archéologique de l'Académie Écclésiastique de Moscou.

LaVierge est emportée par les Anges. Les apôtres sont sur de petits nuages.

Icône du musée Rublyov de Moscou, début du XVIème siècle.Toujours la même composition. Le Christ recevant l'âme de la Toute Sainte. Dans le haut, la Vierge emportée vers le Ciel dont les portes ouvertes sont visibles dans le haut. Les douze apôtres sur leur nuage.

3 - Quittons la Russie pour le Liban.

Je reporte ci-après une icône de l'école d'Alep du XVIIIème siècle. Elle se trouve, ou se trouvait, au couvent Notre Dame de Balamand, Comme pour l'icône présentée ci-dessus, nous retrouvons le thème de la ceinture de la Vierge.

Les compositions comportant la remise de la ceinture se retrouvent aussi dans l'ancienne Serbie, les Balkans et nous l'avons vu en Russies.

Détail de la partie supérieure de l'icône de gauche. La Vierge remet sa ceinture à l'apôtre Thomas. Elle est emportée vers le Ciel, figuré par les étoiles.

4- À Tirana

Détail d'une Icône de jean Athanassion (vers 1800) se trouvant à Tirana. On peut voir la Vierge donnant sa ceinture à Thomas.

5 - À Ochrid

 

Une partie de la fresque de Saint Clément d'Ochrid (vers 1295 ?)

 

Le croquis ci-dessus est celui d'une vaste fresque qui orne un mur de l'Église Saint Clément d'Ochrid. Il représente le résumé de toute la Tradition à laquelle se sont référés les iconographes.

Une bande dessinée, en quelque sorte le synoptique de l'évangile apocryphe relatant les derniers moments de la Vierge sur terre. Lisons ce croquis en partant de la gauche vers la droite.La Vierge est surlignée en rouge.

La Toute Sainte ayant supplié Dieu pour que le Christ revienne vers Elle, l'Ange Gabriel lui annonce sa fin prochaine. Elle réunit ses amies pour préparer son départ. Ayant demandé à son Fils qu'en cette circonstance, sa mort, soient présents les Apôtres, ceux-ci, vivants et morts, furent ramenésà son chevet. Leur translation à l'exception de Jean déjà présent, se fait sur de petits nuages. On les observe dans la partie supérieure du croquis colorée en bleu.

Entourée des Apôtres, à l'exception de Thomas, elle rend son âme dans les mains de Jésus qui est accompagné d'une importante milice céleste. Cette milice descend du Ciel, figuré par la porte que l'on distingue au sommet de l'arc supérieur, vers le lit de la Vierge en passant entre les bâtiments.

Les prêtres des juifs présentant une menace pour sa dépouille, son corps est transporté miraculeusement par les Apôtres de Béthléem à Jérusalem.

En vert nous pouvons noter la présence de Jephonias qui voulait renverser la civière. L'Ange de Dieu lui trancha les mains.

À Jérusalem, la Vierge fut inhumée à Géthsémanie. Thomas arrivé en retard voulu voir une dernière fois le visage de la Toute Sainte. À l'ouverture du tombeau, les Apôtres constatèrent que le corps de la Mère de Jésus n'était plus là. Cette constatation évoque la glorification du corps de la Mère de Jésus, l'Assomption de Marie. Notons que le terme "assomption" contrairement à celui "d'ascension", est passif. Le corps de la Vierge est élevé, elle ne s'élève pas d'Elle-même.

Dans le haut du croquis, à droite, on peut distinguer la Vierge Marie remettant sa ceinture à l'Apôtre Thomas, lui aussi sur une nuée.

Cette Tradition des derniers moments de Marie sur la terre a toujours fortement marqué la dévotion de l'ensemble des Chrétiens, bien que fussent nombreux ceux qui ne voyaient là qu'une simple affabulation, le besoin, pour les petites gens, de "merveilleux". La foi populaire a contribué à préserver une certaine mémoire. Cette dévotion à la glorification de la Vierge Marie a perduré au fil des siècles.

Ce n'est qu'en 1950, le 1er novembre, que le Pape Pie XII fait transcrire cette "Tradition" populaire en dogme. Ce Pape a longuement examiné cette question et a certainement demandé l'aide de l'Esprit Saint pour cette décision. Le signe du Ciel dont il avait besoin, à ma connaissance, lui a été donné par un jeune enfant de cinq ans, Gilles Bouhours. Celui-ci ,a été chargé par la Vierge de transmettre un message au Pape. Elle lui a demandé de dir à Pie XII : "La Saint Vierge n'est pas morte. Elle est montée au Ciel en corps et en âme".

Consultez pour plus de renseignements le site : http://www.mariedenazareth.com/377.0.html

Si pour l'ensemble des Chrétiens le tranfert corporel d'Hénoch et d'Élie ne pose pas de problème, il devrait en être de même pour la Mère de Jésus.

L'Assomption est bien la continuité de la Dormition. La Toute Sainte rend son âme à son Fils et Celui-ci glorifie le Corps qui l'a enfanté et qui lui a permis de revêtir notre humanité.

Revenons à la Ceinture de la Vierge. Cette dévotion se retrouve en Grèce, le 31 Août lui est consacré.

 

Remise de la Ceinture à Thomas.

Tableau (1508) qui orne la Cathédrale de Prato

La ville de Prato, dans la région de Florence, en Italie, possède une relique de la Vierge Marie, sa ceinture remise à Thomas. Elle y est vénérée depuis le XIIIème siècle. La Tradition veut que cette Ceinture arriva en Italie avec un certain Michel vers 1141.Celui-ci avait épousé la fille d'un prêtre de Jérusalem, une Marie, qui avait eu pour dot cette ceinture.

Cette relique provoqua de sérieux incidents au sein du clergé de la ville, au cours de l'année 1786. L'évêque Scipion de Ricci, tenta de jeter le discrédit sur celle-ci. Une révolte de paysans scandalisés contraint le clergé de revenir sur le discrédit de Scipion.

Actuellement chaque année, en la Cathédrale de Prato, ont lieu des ostentations de cette relique, cinq fois par an : à la Nativité, à Pâques, le premier Mai,, à l'Annociation et le 8 Septembre.

La Sainte Ceinture dans le reliquaire en argent doré (1638) qui se trouve dans la Chapelle de la Sainte Ceinture.

 

La Sainte Vierge fait don de sa Ceinture à Thomas.

Dans le chœur de San Nicolo à Prato

Peinture de Pietro de Miniato (1423) 

 

Nous notons cependant que ce que nous avons développé ci-dessus, ne se retrouve pas tel que dans le récit des Évangiles de Maria Valtorta (volume 10 page 283 et suite). Seul le hiatus du sommeil de Jean pourrait permettre de l'inclure.

 

 

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